Depuis notre article de novembre 1998 "Le gîte familial, un produit à part entière, un produit davenir", les choses ont un peu évolué au niveau de la classification des établissements touristiques au Québec... mais pas vraiment en faveur des gîtes familiaux.
De Tourisme Québec à la CSETQ
Tourisme Québec, qui a initié un "programme de qualité" et qui en assume la responsabilité, a confié depuis à la Corporation des Services aux Établissements Touristiques Québécois (CSETQ) le rôle de classifier les établissements dhébergement du Québec. Celle-ci, en majorité composée dassociations dhôteliers (5 membres de son conseil dadministration sur 7 sont issus de ce milieu), commence, selon lexpression du journaliste André Désiront (La Presse - 06/03/99), à passer à la "moulinette" de la classification les gîtes touristiques à partir du 28 avril.
Des règles adaptées aux circonstances
Rappelons-nous quen retour du permis obligatoire, généralisé à tous les gîtes à compter de juin 1997, linscription dans le répertoire Hébergement Québec était automatique (soulignons dailleurs que bon nombre de ces permis ont été délivrés alors par Tourisme Québec sans même visiter les gîtes). Souvenons-nous aussi que le ministre délégué au Tourisme, Monsieur Maxime Arseneau, écrivait encore récemment à tous les gîtes, le 25 février dernier, que la classification se ferait sur une base volontaire !
La version est toute différente, une fois le programme mis entre les mains de la CSETQ. Comme le confirme son communiqué de presse du 28/04/99 " seuls les établissements qui auront confirmé leur participation au programme de classification seront inscrits dans le répertoire ". Cest à dire quavant même davoir reçu sa classification, chaque gîte devra avoir donné son accord au système de la CSETQ pour pouvoir figurer dans Hébergement Québec (de quoi sagit-il, dune classification ou dune demande de "confirmation" ?)
Quelle genre de classification et avec quelles méthodes ?
La journaliste Judith Lachapelle essaye den donner une description dans Le Devoir (15/04/99), à partir des éléments quelle a pu recueillir : les inspecteurs " noteront laspect extérieur de la maison... la qualité du menu du petit déjeuner... et les commodités diverses...
Pour ce qui est des chambres, les inspecteurs accorderont beaucoup dimportance à la grandeur de la pièce ainsi quà létat de la literie et des accessoires, sans oublier de passer par la salle de bains... ".
" Les derniers détails quant à la façon de procéder, par exemple lidentification formelle ou la visite anonyme, restent à déterminer. "
Ce dernier point a, pour le moins, de quoi laisser songeur !
Il est vrai que, si lon reprend le texte du communiqué de la CSETQ, il ne peut sagir que dune visite éclair (un conseiller en classification de la CSETQ sillonnera, au cours des deux prochaines semaines, la région de Québec afin de procéder à la classification des gîtes touristiques)... ou dun travail de titan (1700 gîtes répertoriés à classifier en 15 jours ! ! !). Mieux vaut alors dire quil sagira très souvent dune visite anonyme (pour ne pas dire invisible), car de toute façon il sera difficile de savoir ainsi sil est passé ou non.
Mais, quoi quil en soit, la classification de la CSETQ viendra au bout du compte apposer son " label de qualité " pour ceux et celles qui auront adhéré au programme.
Label de Qualité ? ? ?
La notation de "zéro étoile" (ou tout autre symbole, car il semblerait quil ne soit pas encore choisi) a, elle aussi, de quoi surprendre. Elle constitue sans doute lexception québécoise puisque, à notre connaissance, aucun autre pays au monde ne décerne ce genre de "distinction".
Faut-il craindre quelle soit présentée sous forme de menace aux réfractaires, aux fortes têtes, à tous ceux qui ne se plieront pas assez facilement aux règles ?
Des "proies" faciles
La CSETQ imagine certainement que les propriétaires de gîtes sont des "proies" faciles, qui adhéreront sans faire de difficulté à leur programme de classification pour pouvoir continuer à figurer dans le répertoire Hébergement Québec. Il est vrai que la démarche a été, au départ, mise en marche par Tourisme Québec mais lorganisme qui lapplique est privé, lui.
Les fonctionnaires ont donc "donné" à un organisme privé le pouvoir de contrôler des établissements privés dune autre nature.
La procédure est également pratique parce que lindustrie des gîtes touristiques est dispersée et quil est plus commode de sadresser à des individus quà des regroupements.
Dailleurs, lorsquil en existe, la stratégie peut consister à leur demander de sassocier à la démarche pour sassurer de les museler.
En mars dernier, la CSETQ avait proposé au RGCQC de "poser sa candidature" pour un poste dans le conseil dadministration jusquau 31/12/99 afin dy représenter les gîtes touristiques... ce que les membres des Gîtes Classifiés, réunis en assemblée générale à Matane le 19 avril, ont refusé.
Des propriétaires en proie à la manipulation
Il est probable que bon nombre de propriétaires de gîtes ne seront pas satisfaits de leur classification. Il leur faudra apprendre que, peut-être, leur accueil ne correspond pas aux "normes" internationales (il en existe dans les gîtes ?) ou que leurs chambres nont pas la dimension requise (celle dun hôtel 3 étoiles ?) et noffrent pas de salle de bains privée, et que cela explique la "petite" cotation qui leur a été attribuée. Mais pourtant, il sagit de leur demeure privée, de lendroit quils ont aménagé à leur goût et où ils ont grandi, parfois, et non pas dun hôtel ! Et cest aussi un endroit qui a plu jusquici à leur nombreux visiteurs, qui ont apprécié avant tout leur accueil, leur chaleur humaine, leurs coutumes et non la largeur du bain tourbillon...
Comment un représentant des associations hôtelières pourrait-il évaluer des éléments qui lui sont étrangers, parce que différents des services offerts dans un hôtel ?
Comment pourrait-il comprendre ce quest lhébergement familial alors quil gère, pour sa part, un établissement commercial ?
Il serait dangereux pour bon nombre de propriétaires de céder à une manipulation qui les amènerait à engager des dépenses inconsidérées dans leur maison privée, au motif dobtenir une hypothétique meilleure classification. Le coût de ces transformations pourrait bien ne jamais être rentabilisé !
Et le visiteur dans tout cela ?
Sous prétexte de présenter un "label de qualité" aux touristes, en particulier internationaux, toute cette démarche revient en fait à aplanir un peu plus encore les gîtes familiaux qui sont une composante majeure de lindustrie touristique du pays.
Personne na rien à gagner, en particulier à moyen terme, dans cette logique.
Ni Tourisme Québec, dont le rôle devrait être logiquement de développer la fréquentation touristique de la Province, ni même les associations hôtelières qui, si elles ne cachent pas quelles considèrent notre activité comme celle de compétiteurs, ne verront pas croître leur achalandage et leur profit en proportion égale à la diminution du nombre de gîtes.
Encore moins le touriste, surtout francophone, qui vient, de lui-même, chercher dans les gîtes le contact avec les québécois.
Il semblerait que le visiteur soit vraiment le "laissé pour compte" de cette politique, à moins que les fonctionnaires de Tourisme Québec naient décidé dadopter à son égard une attitude dont lhumoriste français Coluche faisait autrefois la caricature : "Dites-nous de quoi vous avez besoin, on vous expliquera comment vous en passer..."
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Réagir avec force, réagir solidairement,
réagir maintenant !
Il nest évidemment pas question de céder devant ce genre de pression :
les lobbies hôteliers et les manoeuvres de tout genre,
cela fait longtemps que nous les connaissons.
Il sagit simplement aujourdhui de faire preuve de solidarité
et de démontrer, tous ensemble, que nous avons le droit
de prendre en main nos propres intérêts.
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Nous invitons tous les gîtes de lensemble du Québec, tous nos visiteurs et, plus généralement, toute personne qui reconnaît la valeur de notre activité et qui est soucieuse de maintenir en vie notre produit à signer et à nous retourner une demande dappui pour obtenir, enfin, la reconnaissance de nos gîtes familiaux comme un produit à part entière de lindustrie touristique.
Source : Flux & Reflux / Mai 1999 - Tel : 418 665-1114 / Fax : 418 665-6996
Courriel : aggite@gites-classifies.qc.ca
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